Exécution arbitraire massive de civils, y compris de dizaines d’enfants, dans le sud du Masisi dans l’est de la RDC – Rapport des Nations Unies

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Une enquête de l’ONU sur la situation des droits de l’homme dans le sud du Masisi dans la province du Nord-Kivu, République démocratique du Congo, a révélé qu’au moins 264 civils, dont 83 enfants, ont été arbitrairement exécutés par des groupes armés au cours de plus de 75 attaques de villages entre avril et septembre de cette année. 

Le rapport publié ce mercredi présente le résultat de six missions d’enquête et de plus de 160 entretiens avec des victimes et des témoins par le Bureau Conjoint des Nations Unies aux Droits de l’Homme en RDC (BCNUDH) *. Les enquêteurs ont constaté que les victimes étaient souvent des personnes qui étaient les moins en mesure de fuir les attaques, en grande partie des enfants et des personnes âgées. En raison de contraintes sécuritaires, les enquêteurs n’ont pas été en mesure de confirmer de nombreuses autres violations des droits de l’homme qui leur avaient été rapportées. Le nombre réel de victimes pourrait être dès lors beaucoup plus élevé. Les chiffres mentionnés dans le rapport reflètent les cas documentés dans seulement certaines parties du Masisi au cours d’une période relativement limitée dans le temps et sont donc loin de présenter un aperçu exhaustif de la situation des droits de l’homme dans l’est de la RDC. 

Les enquêteurs ont constaté que le groupe armé Raia Mutomboki, avec des groupes alliés Maï Maï, était responsable de la plupart des meurtres qui ont été souvent perpétrés avec une extrême violence. De nombreuses victimes ont été tuées à coups de machette, tandis que d’autres ont été brûlées vives dans leurs maisons. Le groupe d’opposition Nyatura a été reconnu responsable d’autres violations des droits de l’homme, notamment des meurtres, parfois en collaboration avec les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR). Les civils tués par le groupe Raia Mutomboki étaient, pour la plupart, d’origine ethnique hutu, alors que les personnes tuées par les Nyatura étaient principalement de l’ethnie tembo. 

D’autres violations des droits de l’homme décrites dans le rapport incluent des déplacements forcés massifs, des pillages à grande échelle et des destructions de propriété privée. Les enquêteurs ont également confirmé quatre cas de violence sexuelle impliquant le viol de 12 femmes. 

« Les violations systématiques des droits de l’homme commises par ces groupes armés, y compris le meurtre de tant d’enfants, sont les plus graves que nous avons 
constatées ces derniers temps en RDC », a déclaré la Haut-Commissaire aux droits de l’homme, Navi Pillay. «Les autorités congolaises doivent prendre des mesures immédiates pour protéger les populations civiles et lutter contre l’impunité persistante qui ne sert qu’à encourager les tueurs ». 

«Les Nations Unies sont prêtes à offrir leur aide à l’enquête judiciaire congolaise récemment ouverte qui doit aboutir à la poursuite des personnes responsables de ces actes et garantir la justice pour les victimes », a-t-elle ajouté. 

La dimension ethnique des attaques est particulièrement préoccupante dans l’est de la RDC où les tensions au cours des 15 dernières années, bien que fondamentalement enracinées dans la lutte pour les terres et les ressources naturelles, ont résulté dans des cycles de violence à connotation ethnique. Les Raia Mutomboki et les Nyatura ont tous les deux lancé des attaques ciblées et systématiques contre des civils, souvent basées sur l’appartenance ethnique réelle ou présumée des victimes, à des fins politiques ou économiques supposées. 

En avril 2012, des désertions dans l’armée et la création ultérieure du groupe armé M23 ont conduit l’armée congolaise à concentrer ses efforts pour contenir cette nouvelle rébellion. Les importants progrès réalisés par l’armée congolaise dans la poursuite des FDLR au début de l’année 2012 par l’armée congolaise ont été annulés depuis leur redéploiement vers les zones menacées par le M23. De nombreux groupes armés ont profité du vide sécuritaire résultant du redéploiement des unités de l’armée pour étendre leurs zones d’influence, souvent en perpétrant des attaques violentes contre des civils et en exacerbant les tensions interethniques déjà accentuées par le M23. 
  
En réponse, l’armée congolaise a déployé – avec le soutien de la MONUSCO – plusieurs unités dans les zones touchées au cours de la période de juillet à septembre 2012 et le gouvernement provincial du Nord-Kivu a encouragé les initiatives visant à favoriser le dialogue et la réconciliation ethnique. La MONUSCO a également envoyé plusieurs équipes de protection dans le sud du Masisi afin d’évaluer les besoins de la population et de recommander des actions telles que l’établissement de bases militaires temporaires à Remeka, Katoyi et Ngungu et le déploiement de 15 patrouilles pédestres avec un soutien par hélicoptère dans les zones les plus instables. 
  
« La Mission de stabilisation des Nations Unies au Congo a observé une augmentation significative des violations des droits de l’homme dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu en 2012 due en grande partie aux activités des groupes armés, notamment les FDLR qui restent l’un des auteurs des plus graves violations des droits de l’homme dans la région, en plus du M23, des Nyatura et des Raia Mutomboki », a déclaré le Représentant spécial du Secrétaire général (RSSG), Roger Meece. «Le risque d’intensification de ce conflit à connotation ethnique est réel, et suscite de sérieuses inquiétudes pour la paix et la sécurité des civils dans la région ». 
  
Les recommandations formulées dans le rapport incluent un appel aux forces de sécurité congolaises à prendre d’urgence des mesures additionnelles, avec le soutien de la communauté internationale, pour rétablir la sécurité dans le sud du Masisi et assurer la protection des civils. Les autorités congolaises doivent également tenir compte des violations des droits de l’homme décrites dans le présent rapport et mettre en œuvre une vérification systématique du passé en termes des droits de l’homme des individus et de leurs commandants au cours de toute intégration future des groupes armés dans l’armée nationale. 

* Le Bureau Conjoint des Nations Unies aux Droits de l’Homme, qui a été établi en février 2008, est composé de la Division des Droits de l’Homme de la Mission de l’Organisation des Nations Unies pour la stabilisation en République démocratique du Congo (MONUSCO) et du Haut-Commissariat aux droits de l’homme en République démocratique du Congo (RDC). 

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Mass arbitrary execution of civilians, including dozens of children, in Southern Masisi, Eastern DRC – UN report

A UN investigation into the human rights situation in southern Masisi in the North Kivu province of the Democratic Republic of the Congo has revealed that at least 264 civilians, including 83 children, were arbitrarily executed by armed groups in more than 75 attacks on villages between April and September this year. 

The report published on Wednesday details the result of six investigative missions and more than 160 interviews with victims and witnesses by the UN Joint Human Rights Office in the DRC (UNJHRO)*. Investigators found that the victims were often those least able to flee the attacks, largely children and the elderly. Due to security constraints, the investigators were not in a position to confirm many more human rights violations that were reported to them, meaning the actual number of victims could be considerably higher. The figures noted in the report reflect cases documented in only some parts of Masisi over a relatively limited period of time and are thus far from presenting a comprehensive overview of the human rights situation throughout Eastern DRC. 
  
Investigators found that the Raia Mutomboki armed group, with allied Mayi Mayi groups, was responsible for most of the killings, which were often perpetrated with extreme violence. Many victims were hacked to death with machetes while others were burnt alive in their homes. The opposing Nyatura group was found to be responsible for other human rights violations, including killings, sometimes carried out in collaboration with the Democratic Forces for the Liberation of Rwanda (FDLR). The civilians killed by the Raia Mutomboki group were mostly ethnic Hutu, while those killed by the Nyatura were mainly of Tembo ethnicity. 
  
Other human rights violations outlined in the report include mass forced displacement and large-scale looting and destruction of private property. Investigators also confirmed four cases of sexual violence involving the rape of 12 women. 
  
“The systematic human rights violations committed by these armed groups, including the slaughter of so many children, are the most serious we have seen in recent times in the DRC,” UN High Commissioner for Human Rights, Navi Pillay, said. “The Congolese authorities must take immediate measures to protect civilian populations and to combat the persistent impunity which only serves to embolden the killers.” 
  
“The UN is ready to offer support to the recently opened Congolese judicial investigation which must lead to the prosecution of those responsible for these acts and ensure justice for the victims,” she added. 
  
The ethnic dimension of the attacks is of particular concern in eastern DRC where tensions over the past 15 years, while fundamentally rooted in competition over land and natural resources have resulted in cycles of violence committed along ethnic lines. Both Raia Mutomboki and Nyatura have launched targeted and systematic attacks against civilians, often based on the real or presumed ethnicity of the victims, for supposed political or economic gain. 
  
In April 2012, army desertions and the subsequent creation of the M23 armed group led the Congolese army to focus on efforts to contain this new rebellion. Important progress in tracking down the FDLR made early in 2012 by the Congolese army has been reversed since their redeployment to M23-threatened areas. Many armed groups have taken advantage of the security vacuum left by the redeployment of army units to expand their own areas of influence, often carrying out violent attacks against civilians and exacerbating interethnic tension, already heightened by the M23. 
  
In response, the Congolese army has deployed – with MONUSCO support – several units to the affected areas over the period July – September 2012 and the North Kivu provincial government has promoted initiatives to favor dialogue and ethnic reconciliation. MONUSCO also sent several protection teams to Southern Masisi in order to evaluate the needs of the population and recommend action which has included the deployment of temporary military bases in Remeka, Katoyi and Ngungu, and 15 helicopter-supported foot patrols in the most volatile areas. 

“The UN Stabilization Mission in Congo has observed a significant increase in human rights violations across the provinces of North Kivu and South Kivu in 2012 due in large part to the activities of armed groups, including the FDLR who remain amongst the perpetrators of the most serious human rights violations in the region, in addition to the M23, Nyatura and Raia Mutomboki,” said Special Representative of the Secretary-General (SRSG), Roger Meece. “The risk of intensification of this ethnically charged conflict is real, and gives rise to serious concerns for peace and for the security of civilians in the region.” 

Recommendations made in the report include a call for Congolese security forces to urgently take additional measures, with the support of the international community, to restore security in southern Masisi and to ensure the protection of civilians. Congolese authorities are also urged to take into account the human rights violations detailed in this report and to implement a systematic verification of the human rights records of individuals and their commanders during any future integration of armed groups into the national army. 

* The UN Joint Human Rights Office, which was established in February 2008, comprises the Human Rights Division of the UN Stabilization Mission in the DRC (MONUSCO) and the Office of the High Commissioner for Human Rights in the DRC.