Experts de l’ONU appellent la France à protéger les libertés fondamentales dans la lutte contre le terrorisme

571

La version anglaise se trouve ci-dessous
English version, see below

GENÈVE (19 janvier 2015) L’état d’urgence en vigueur en France et la loi sur la surveillance des communications électroniques imposent des restrictions excessives et disproportionnées sur les libertés fondamentales, a averti aujourd’hui un groupe d’experts en droit de l’homme des Nations Unies*.

Parmi les préoccupations qu’ils ont partagé avec le gouvernement français, les experts indépendants ont souligné le manque de clarté et de précision de plusieurs dispositions des lois sur l’état d’urgence et la surveillance, portant sur la nature et la portée des restrictions à l’exercice légitime du droit à la liberté d’expression, la liberté de réunion pacifique et d’association et le droit à la vie privée. (Voir : http://www.ohchr.org/FR/NewsEvents/Pages/DisplayNews.aspx?NewsID=16961&LangID=F).

« Alors que la France débat sur le renforcement des mesures dans la lutte contre le terrorisme, et à cet effet s’engage dans une réforme de la procédure pénale, nous appelons à réviser ces dispositions et possibles réformes, afin d’assurer leur conformité au regard du droit international des droits de l’homme » ont-ils souligné.

Pour garantir l’état de droit et prévenir des procédures arbitraires, les experts recommandent l’exercice d’un contrôle judiciaire préalable sur les mesures anti-terroristes. La loi sur l’état d’urgence, en vigueur depuis les récents attentats terroristes commis en France, qui élargit temporairement les pouvoirs de l’exécutif notamment dans la lutte contre le terrorisme, ne permet un contrôle judiciaire qu’à posteriori.

Les experts ont également souligné que le loi sur la surveillance des communications électroniques internationales, adoptée en novembre 2015, élargit les pouvoir de l’exécutif sur la collecte, l’analyse et la conservation des contenus de communications ou des métadonnées, sans requérir d’autorisation ou contrôle judiciaire préalable.

« Garantir une protection adéquate contre les abus lors du recours à des mesures d’exception et des mesures de surveillance dans le cadre de la lutte contre le terrorisme revêt des obligations internationales de l’État français » ont indiqué les experts de l’ONU.

Dans leur communication aux autorités françaises, les experts ont trouvé particulièrement alarmant que des militants écologistes aient pu être assignés à résidence dans le cadre de l’état d’urgence invoqué suite aux attentats de novembre. « Ces mesures ne semblent pas s’ajuster aux principes fondamentaux de nécessité et de proportionnalité, » ont-ils souligné, illustrant les risques que courent les libertés fondamentales dans le cadre de la lutte contre le terrorisme.

« Bien que des mesures d’exception puissent être exigées par certaines circonstances exceptionnelles, ceci ne dispense pas les autorités de démontrer également que celles-ci sont appliquées exclusivement aux fins pour lesquelles elles ont été prescrites et sont en rapport direct avec l’objectif spécifique qui les inspire », ont-ils insisté, en appelant les autorités à ne pas prolonger l’État d’urgence au-delà du 26 février 2016.

Les experts indépendants expriment leur solidarité et profonde compassion à toutes les victimes d’actes terroristes commis en France et dans le monde.

(*) Des experts :  Rapporteur spécial sur la promotion et la protection du droit à la liberté d’opinion et d’expression, David Kaye ; Rapporteur spécial sur les droits à la liberté de réunion pacifique et d’association, Maina Kiai ; Rapporteur spécial sur la situation des défenseurs des droits de l’homme, Michel Forst ; Rapporteur spécial sur la promotion et la protection des droits de l’homme et des libertés fondamentales dans le cadre de la lutte antiterroriste, Ben Emmerson ; et Rapporteur spécial sur le droit à la vie privée, Joseph Cannataci.

***

Les Rapporteurs spéciaux de l’ONU font partie de ce qu’on appelle les « procédures spéciales » du Conseil des droits de l’homme. Les procédures spéciales qui constituent le plus grand groupe d’experts indépendants du système des Nations Unies des droits de l’homme, sont les mécanismes indépendants d’enquête et de surveillance du Conseil qui traitent de situations spécifiques de pays ou de questions thématiques dans toutes les régions du monde. Les experts des procédures spéciales travaillent sur une base volontaire; ils ne sont pas fonctionnaires de l’ONU et ne reçoivent pas un salaire pour leur travail. Ils sont indépendants de tout gouvernement ou organisation, et siègent à titre individuel.

Nations Unies Droits de l’Homme, fiche pays – France : http://www.ohchr.org/FR/Countries/ENACARegion/Pages/FRIndex.aspx

________________________

 

NEWS RELEASE

UN rights experts urge France to protect fundamental freedoms while countering terrorism

GENEVA (19 January 2016) – The current state of emergency in France and the law on surveillance of electronic communications impose excessive and disproportionate restrictions on fundamental freedoms, a group of United Nations human rights experts* warned today.

In a list of concerns shared with the French Government, the independent experts stressed the lack of clarity and precision of several provisions of the state of emergency and surveillance laws, related to the nature and scope of restrictions to the legitimate exercise of right to freedom of expression, freedom of peaceful assembly and association and the right to privacy. (See in French:  http://www.ohchr.org/FR/NewsEvents/Pages/DisplayNews.aspx?NewsID=16961&LangID=F).

“As France debates the strengthening of measures in the fight against terrorism, and considers a reform of the criminal procedure, we call on the authorities to revise the provisions and possible reforms adopted to that end, to ensure they comply with international human rights law,” they noted.

In order to guarantee the rule of law and prevent arbitrary procedures, the experts recommend the adoption of prior judicial controls over anti-terrorism measures. The state of emergency law in force since the recent terrorist attacks in France, which temporarily expands the powers of the executive in the fight against terrorism, only allows judicial review a posteriori.

The UN experts also noted that the law on surveillance of international electronic communications, adopted in November 2015, expands the power of the executive over the collection, analysis and storage of communications content or metadata, without requiring prior authorization or judicial review.

“Ensuring adequate protection against abuse in the use of exceptional measures and surveillance measures in the context of the fight against terrorism is an international obligation of the French State,” they stated.

In their communication with the French authorities, the UN experts expressed alarm that environmental activists have been under house arrest in connection with the state of emergency invoked following the November attacks. “These measures do not seem to adjust to the fundamental principles of necessity and proportionality,” they said highlighting the risks faced by fundamental freedoms in the fight against terrorism.

“While exceptional measures may be required under exceptional circumstances, this does not relieve the authorities from demonstrating that these are applied solely for the purposes for which they were prescribed, and are directly related to the specific objective that inspired them,” they said calling on the French Government not to extend the state of emergency beyond 26 February 2016.

The independent experts expressed their solidarity and deepest sympathy to the victims of the terrorist attacks committed in France and many other places in the world.

(*) The experts: David Kaye, Special Rapporteur on freedom of opinion and expression; Maina Kiai, Special Rapporteur on the rights to freedom of peaceful assembly and of association; Michel Forst, Special Rapporteur on the situation of human rights defenders; Ben Emmerson, Special Rapporteur on the protection and promotion of human rights and fundamental freedoms while countering terrorism; and Joseph Cannataci, Special Rapporteur on the right to privacy.  

***

The Special Rapporteurs are part of what is known as the Special Procedures of the Human Rights Council. Special Procedures, the largest body of independent experts in the UN Human Rights system, is the general name of the Council’s independent fact-finding and monitoring mechanisms that address either specific country situations or thematic issues in all parts of the world. Special Procedures’ experts work on a voluntary basis; they are not UN staff and do not receive a salary for their work. They are independent from any government or organization and serve in their individual capacity.

Learn more, log on to:
Freedom of expression: http://www.ohchr.org/EN/Issues/FreedomOpinion/Pages/OpinionIndex.aspx
Freedoms of assembly and association: http://www.ohchr.org/EN/Issues/AssemblyAssociation/Pages/SRFreedomAssemblyAssociationIndex.aspx
Human rights defenders: http://www.ohchr.org/EN/Issues/SRHRDefenders/Pages/SRHRDefendersIndex.aspx
Right to privacy: http://www.ohchr.org/EN/Issues/Privacy/SR/Pages/SRPrivacyIndex.aspx